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Cinco de Mayo : une défaite française, et pas un jour férié
Culture

Cinco de Mayo : une défaite française, et pas un jour férié

24 sept. 20265 min de lecture(Mis à jour: 29 sept. 2026)

Le 5 mai 1862, 3 791 Mexicains battent 6 500 soldats français à Puebla. Mais l'article 74 du code du travail mexicain n'en fait pas un jour chômé.

Il existe une date du calendrier mexicain que presque tout le monde connaît aux États-Unis, que très peu de Français identifient, et qui commémore précisément une bataille perdue par la France.

Deux choses la concernant sont fausses dans à peu près toutes les pages qui en parlent. Nous allons les corriger, en citant les textes.

Ce qui s'est passé le 5 mai 1862

L'armée du Second Empire français marche sur Puebla, sur la route de Mexico. Elle est commandée par le comte de Lorencez et compte environ 6 500 hommes. En face, le général Ignacio Zaragoza dispose d'environ 3 791 hommes.

Les Mexicains l'emportent.

Une armée française de métier, considérée à l'époque comme l'une des meilleures d'Europe, est battue par une force presque deux fois moins nombreuse. C'est cet événement que commémore le Cinco de Mayo.

Une précaution de méthode, parce qu'elle vous servira si vous vérifiez : l'encadré récapitulatif de l'article Wikipédia en espagnol consacré à cette bataille porte la date de 1863. C'est une erreur de cet encadré. Le corps de l'article et ses sources donnent bien 1862. Nous le signalons parce que c'est le premier résultat que beaucoup de lecteurs consulteront, et que l'encadré est ce qu'on lit en premier.

La suite, que la fête ne raconte pas

La bataille de Puebla n'a pas mis fin à l'intervention. Elle l'a retardée.

La France revient en 1863 avec des moyens sans commune mesure, prend Puebla, puis la capitale, et installe Maximilien sur un trône impérial. Le corps expéditionnaire ne se retire qu'en 1867.

Autrement dit : le Cinco de Mayo commémore une bataille gagnée à l'intérieur d'une guerre qui, militairement, a d'abord été perdue. C'est peut-être la raison pour laquelle la date a pris une telle valeur symbolique — elle marque le moment où l'issue ne semblait pas écrite.

Ce que le 5 mai n'est pas : un jour férié national

C'est l'erreur la plus répandue, et nous sommes allés la vérifier dans la loi plutôt que dans une encyclopédie.

L'article 74 de la Ley Federal del Trabajo — le code du travail mexicain — énumère limitativement les jours de repos obligatoire dans tout le pays. Nous avons lu le texte dans le PDF publié par la Chambre des députés.

Le 5 mai n'y figure pas.

La date apparaît en revanche dans la Ley sobre el Escudo, la Bandera y el Himno Nacionales, parmi les dates où le drapeau doit être hissé. C'est donc une commémoration civique, pas un jour chômé.

Nous sommes passés par les lois primaires parce que les sources encyclopédiques sont ambiguës sur ce point : la page espagnole de Wikipédia ne permet pas de trancher. Le texte de loi, lui, tranche.

La fête nationale mexicaine, celle qui vide les bureaux, est le 16 septembre, anniversaire du Grito de Dolores. Le 5 mai est autre chose.

Ce que nous n'avons pas vérifié : les calendriers fériés des différents États mexicains, qui peuvent ajouter leurs propres dates. Nous ne dirons donc rien du statut du 5 mai dans l'État de Puebla, où la bataille a eu lieu. Ce que nous affirmons porte sur la loi fédérale, et sur elle seule.

En bonus : la guerre des Pâtisseries

Puisque nous sommes dans les relations franco-mexicaines, voici le conflit qui a précédé, et dont le nom n'est pas une plaisanterie rétrospective.

La guerre des Pâtisseries oppose les deux pays du 16 avril 1838 au 9 mars 1839. Parmi les réclamations françaises portées devant le gouvernement mexicain figure celle de Monsieur Remontel, pâtissier français installé à Tacubaya, dont l'établissement avait été saccagé.

Le conflit s'est soldé par une indemnité de 600 000 pesos.

Une pâtisserie de Tacubaya n'est évidemment pas la cause d'une guerre — les créances françaises, les questions douanières et les rapports de force de l'époque en sont les vraies raisons. Mais le nom est resté, et il est exact : la réclamation Remontel figure bien au dossier.

Et en France, le 5 mai, il se passe quoi ?

Rien que nous ayons pu documenter.

Nous n'avons trouvé aucune célébration récurrente et vérifiable du Cinco de Mayo en France. Pas d'événement institutionnel confirmé, pas de programmation publique que nous puissions citer.

Nous écrivons cela avec une précaution nécessaire : absence de preuve n'est pas preuve d'absence. Plusieurs sites officiels mexicains en France — celui de l'ambassade, celui de l'institut culturel — bloquent la consultation automatisée par système antibot. Nous n'avons pas pu lire leurs agendas. Il est parfaitement possible que des événements existent et qu'ils nous aient échappé.

Ce que nous pouvons dire, c'est que si quelque chose se passe, cela ne se voit pas dans ce qui est consultable publiquement.

Ce n'est du reste pas très étonnant. Le Cinco de Mayo tel qu'on le connaît est largement une fête mexico-américaine : elle a pris sa forme actuelle aux États-Unis, dans les communautés d'origine mexicaine. Il n'y a pas de raison structurelle pour qu'elle traverse l'Atlantique — surtout vers le pays qui a perdu la bataille.

Si vous voulez marquer la date

La bataille a eu lieu à Puebla. Si la date vous intéresse, c'est la cuisine de cet État qui a du sens, pas le tex-mex : le mole poblano, les cemitas. Puebla est l'une des cuisines régionales les plus denses du Mexique et elle a de quoi occuper une journée entière.

Et si quelqu'un vous dit que c'est la fête nationale mexicaine, vous savez maintenant quoi répondre, et dans quel article de quelle loi le vérifier.

Edmond Bojalil
Edmond Bojalil

Fondateur, Recetas Mexas

Mexicain de Puebla, professionnel de l'informatique et passionné de cuisine. Auteur de plus de 1 250 recettes mexicaines authentiques adaptées aux cuisines du monde entier. Vit à Madrid depuis 2018.

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